Cela faisait plusieurs mois qu elle savait. Il ne restait que quelques jours avant son départ et déjà, elle regrettait son choix. Pourquoi partir maintenant alors qu elle avait tout ce qu il fallait pour être heureuse ici ? Elle-même ne le savait pas, ou ne le savait plus. Elle essayait d oublier ce départ qui était trop proche. En quelque sorte, elle avait l impression de fuir sa vie, mais elle ne savait pas encore que cette fuite serait le point de départ de grands changements dans sa vie. Elle allait habiter à l étranger pour la première fois de sa vie, mais elle ne s imaginait pas qu intérieurement aussi elle allait évoluer. Que sa vie allait complètement changer. Et qu il lui faudrait un nouveau point de départ pour renaître. Sans quoi elle ne pourrait pas survivre. Pour l instant elle ne pensait qu à ses bagages et à ce qu elle serait obligée de laisser, elle ne voulait rien laisser, garder tout avec elle mais ne pouvait pas tout prendre. Elle en avait marre de trier, jeter, tout partait, même ses affaires de classe. Tout ce qui lui avait permis de réussir à survivre à cette année. Maudite. Cette année était maudite. Et la suivante aussi allait être maudite. Pourtant on lui avait laissé le choix. Elle avait fait le mauvais.
Elle commença par trier les disques, elle ne pouvait pas tous les prendre. Mais ils étaient pour elle une de ces choses qui la reliait encore à la vie. La musique était sa vie. Comment pourrait-elle s en passer ? Il n y aurait même pas de piano, rien qui puisse lui permettre de survivre. Il lui fallait ces disques. Elle en prit le maximum, en espérant pouvoir prendre les derniers lors d un prochain voyage. Puis vient le moment où elle dû démonter son bureau, vider les bibliothèques, ranger les armoires et vider tout ce qui pouvait faire de la place. Et le jeter. « Faire de la place. » On entendait que ces mots en ce matin de juillet. Et aussi « Descend les poubelles », les poubelles où se trouvaient le peu de cahier et classeurs qu elle voulait garder. Elle ne réussit qu à sauver quelques cahiers de physique. Pas plus. Elle sentait trop l odeur d rangement dans la maison. Un rangement trop efficace. Un rangement d où rien ne ressortirait intact. Où tout serait observé et jugé. La condamnation étant le grand sac poubelle qui trônait au milieu de la chambre.
Elle s arrêta, épuisée. Cela faisait maintenant plus de deux heures qu elle triait. Elle ne voulait plus. Elle n en pouvait plus. Elle aurait voulu ne jamais se réveiller ce matin là. Pour ne pas avoir à souffrir en revoyant les quelques objets qui avait été si importants à certaines périodes de sa vie. Elle voulait pleurer. Elle ne pouvait pas. Elle se sentait seule mais ne voulait voir personne. Pour elle c était en quelque sorte la fin de sa première vie. Avant d en commencer une autre. Plus difficile. Mais plus importante aussi. Elle ne voulait plus savoir quand elle partait. Elle voulait rester ici jusqu à la fin. Elle savait qu il ne restait plus beaucoup de temps avant son départ. Il ne restait que quelques jours en fait. Elle voulait que ces quelques jours soient une éternité. Elle ne voulait plus partir. Mais elle ne pouvait pas rester non plus. Elle était troublée, avait besoin de quelqu un. Mais personne ne pouvait l aider. Elle ne voulait pas laisser les personnes qu elle aimait. Elle ne savait pas qu en partant, ce qu elle laissait derrière elle aussi allait changer. Se détacher d elle aussi un peu. Elle ne savait pas qu elle se détacherais. Et que sa vie allait recommencer, avec d autres. Mais elle serait toujours là, solitaire. En essayant de sourire. De paraître heureuse. Mais elle ne le serait plus. Et ne le voulait plus. Elle ne savait pas dans combien de temps elle se détacherais. Ni combien de temps cela durerait. Elle pensait que de toute façon cela n aurait aucune importance. Parce qu on la soutenait. Elle se trompait.
~ rosenrot, le 20 et 21 novembre 2005, 22h28 - 07h47 ~